Quand on arrive à Digne-les-Bains, le regard se pose d’abord sur les hauteurs du Cousson et la lumière des Préalpes. Mais il suffit de se faufiler derrière la grande rue, dans les ruelles pavées, pour sentir un autre battement de cœur. Le centre ancien, longtemps déserté, connaît depuis quelques années un discret mais réel renouveau, porté par de nouvelles familles qui font le choix d’y vivre.
Entre la cathédrale Saint-Jérôme, les places ombragées où l’eau clapote et les façades de pierres patinées, beaucoup se demandent : qu’est-ce qui attire ces habitants d’aujourd’hui, parfois venus d’ailleurs, parfois « revenants » après des années loin de Digne ?
On l’a longtemps dit, le centre ancien de Digne a souffert de la concurrence des quartiers plus récents, où le stationnement et l’accès à la modernité semblaient plus faciles. Mais la tendance s’inverse peu à peu, sous l’effet de plusieurs facteurs concrets :
La mairie et la communauté d’agglomération Provence Alpes Agglo accompagnent au fil de l’eau les propriétaires qui souhaitent rendre leur bien attractif. Ce dynamisme attire notamment les trentenaires et quadragénaires, parfois avec enfants, pour qui la balance « logement abordable + vie de centre-ville » vaut bien les petits défis du quotidien.
Qu’on vienne d’un village avoisinant ou d’une grande agglomération, le centre ancien de Digne a gardé cette « taille humaine » où tout se fait à pied ou presque. Les nouveaux arrivants que nous avons rencontrés (Céline et Antoine, par exemple, parents de deux enfants et installés place du Marché depuis 2021) le disent avec simplicité :
La vie sociale s’invente au détour des terrasses, dans les petits cafés qui font office de « relais d’infos », et lors des événements organisés par les associations locales. Cet esprit de « quartier-village » séduit ceux qui cherchent à sortir d’une routine voiture-boulot-dodo.
Il y a, on ne va pas se mentir, une vraie fierté à habiter dans un lieu chargé d’histoire. Les façades colorées, les fontaines, les portes anciennes, c’est le « petit supplément d’âme » qu’on ne trouve pas partout.
On note une vraie tendance : des familles, notamment actives sur le télétravail ou désireuses de ralentir le rythme, investissent dans la vieille pierre pour réinventer un intérieur à leur goût. Les chiffres de l’INSEE l’attestent : entre 2018 et 2023, la population du centre ancien n’a cessé de croître légèrement, alors que d’autres quartiers restent stables (INSEE).
Et puis, il y a le plaisir d’ouvrir ses volets sur l’histoire – avec, pourquoi pas, une vue sur la cathédrale illuminée le soir, ou les montagnes en toile de fond. Marion, membre des Voix du Pays Dignois, confie : « On n’a pas le sentiment d’être ‘juste’ dans un appartement. C’est comme si chaque pierre racontait une histoire – et on écrit la suite. »
Le centre ancien se prête à invention. Plusieurs initiatives récentes, portées par des collectifs ou commerçants, créent des lieux hybrides, parfaits pour les familles et les jeunes actifs. Citons :
La ville pousse aussi la mobilité douce : pistes cyclables nouvelles, pedibus pour accompagner les enfants à l’école, et travaux constants sur la piétonisation de certaines rues (projets municipaux 2022-2026).
Ce qui frappe à Digne, c’est l’étrange équilibre entre la montagne toute proche et l’effervescence des rues anciennes. Pour beaucoup de familles, le choix du centre ancien s’explique par cette alliance. On est à cinq minutes à pied du jardin des Cordeliers, à dix minutes en vélo de la Bléone ou du plan d’eau des Ferréols.
Et pour la culture, les initiatives ne manquent pas : Musée Gassendi, Centre d’Art CAIRN, festivals de musique dans les rues l’été, projections au Ciné Toiles… L’association Smac 04, par exemple, multiplie les rendez-vous pour petits et grands, parfois dans les lieux patrimoniaux remis au goût du jour.
Ce dynamisme attire des familles mais aussi de jeunes couples et des retraités actifs, prêts à faire vivre ce morceau de ville et à le transmettre plus vivant encore.
Pour prendre le pouls de cette récente dynamique, rien de tel que quelques « tranches de vie », recueillies lors de nos marches dans le quartier.
| Indicateur | Centre ancien | Ville de Digne | Source |
|---|---|---|---|
| Population (2023) | ~2 400 | ~16 500 | INSEE |
| Logements réhabilités (2018-2023) | 200+ | 400+ | Ville de Digne |
| Prix moyen du m² (2024) | 1 600 € | 1 870 € | Meilleurs Agents |
| Taux de familles avec enfants | 39 % | 34 % | INSEE 2023 |
Ce retour des familles, jeunes ou «réinstallées», s’accompagne d’un autre phénomène : la mixité. Retraités, étudiants, familles actives partagent rues et adresses cultes. Les écoles bilingues et les ateliers artistiques témoignent d’un tissu vivant, ni figé, ni réservé à une seule catégorie.
C’est cette diversité qui donne son énergie au centre ancien, et explique pourquoi, de la place du Général-de-Gaulle à la rue du Jeu de Paume, on croise chaque semaine de nouveaux visages – souvent un sourire accroché à la main, ou un panier de marché au bras.
Au bout du compte, ce qui attire et retient dans le centre ancien de Digne, c’est ce mélange de simplicité et d’invention. Le patrimoine ne s’oppose pas à la vie moderne, il inspire au contraire des modes de vie adaptés à notre époque – entre ville et montagne, histoire et présent, rencontre et quotidien.
Si vous passez par ici, pour un détour ou une nouvelle escale, ouvrez l’œil : peut-être croiserez-vous une famille en train d’aménager un jardinet sur une terrasse, ou des enfants filant à trottinette entre deux ateliers. Au cœur du Pays dignois, la ville ancienne ne cesse jamais, finalement, de se réinventer.