Avec un peu plus de 17 000 habitants (chiffres INSEE, 2021), Digne-les-Bains joue dans la cour des petites villes dynamiques où la vie se concentre naturellement autour du centre ancien. Plus qu’un simple lieu de passage, c’est ici que le tissu commerçant possède une densité remarquable : pas moins de 80 boutiques, du cordonnier au primeur en passant par le libraire indépendant, selon la Chambre de Commerce et d’Industrie des Alpes-de-Haute-Provence.
Marion nous glisse souvent en marchant : « Le secret, à Digne, c’est de prendre son temps. Le samedi matin, tout le monde se retrouve chez le fromager, et la file devant la boulangerie sent bon la brioche. »
C’est aussi un centre où l’on expérimente la vraie diversité, loin du modèle centre commercial : certains commerces n’existent que sur ces quelques rues, nulle part ailleurs.
Impossible de parler de commerces emblématiques sans commencer par les boulangeries-pâtisseries qui émaillent la rue de l’Hubac et la place aux Herbes. On pense en particulier à la Boulangerie Marcel Garcin, ouverte en 1893 et transmise de génération en génération. Ici, la fougasse au romarin et les navettes parfumées rythment la semaine, et les habitants vous diront que le pain “a encore un vrai goût de four”.
La tradition du pain “de campagne”, à croûte épaisse, typiquement provençale, reste ancrée. Les plus curieux oseront même demander à voir l’ancien pétrin, toujours en activité.
Tout centre ancien garde en secret une épicerie “à l’ancienne”. À Digne, c’est chez Maison Dissard, ouverte depuis 1922. Là encore, c’est avant tout une aventure de famille. Cette institution locale est connue pour sa sélection de charcuterie, olives, tapenades, et ces fameux pois chiches de Roumoules, aliment phare du sud-est alpin.
Peu de métiers incarnent mieux la tradition artisanale locale que le cordonnier. Place aux Fruits, la Cordonnerie Rossi (fondée en 1948) répare et entretient chaussures, sacs, mais aussi… souvenirs. Monsieur Rossi père est encore présent certains matins, et aime transmettre quelques mots de provençal aux enfants du quartier.
Ici, on trouve encore deux belles librairies, là où tant d’autres villes ont dû voir les leurs disparaître. Librairie La Ruelle, dans la petite rue Besson, fait figure d’incubateur d’idées locales, avec des vitrines animées, des signatures d’auteur et une vraie passion pour le patrimoine dignois. C’est chez eux qu’on déniche des ouvrages pointus sur l’histoire des Alpes ou la cuisine haute-provençale.
Digne n’est pas Digne sans son marché du samedi, place Général de Gaulle, où près de 90 exposants (source : Mairie de Digne-les-Bains) proposent légumes, fromages de montagne, huile d’olive, miel du Val de Bléone, saucissons de Sisteron. Les commerçants locaux, souvent installés dans les arcades ou sous les platanes, deviennent un relais vivant de la tradition.
À l’angle de la rue du Jeu de Paume se trouve l’incontournable Boucherie Delescluse, tenue de père en fils depuis 1930. Leur spécialité ? L’agneau des Alpes, labellisé. Ici, on découpe encore “à l’ancienne”, on conseille sur les cuissons, et on réserve la meilleure tranche pour le dernier client du jour.
Côté rôtisserie, la Maison Féraud propose depuis 1958 poulets, cochons de lait et gratins aux herbes, parfaits à emporter pour un pique-nique au plan d’eau de Digne ou sur les hauteurs du Cousson.
Le café, à Digne, c’est un peu la deuxième maison pour beaucoup. Café du Marché, sur la place de la Barlette, aligne ses tables sous les platanes et sert l’un des meilleurs expressos de la ville, accompagné d’un accent chantant et d’un biscuit au miel digne de ce nom.
Plus confidentiel, le Bar du Jeu de Paume accueille une clientèle d’habitués, amoureux de pétanque et d’apéritifs à l’ombre. L’après-midi, l’ambiance y est douce, propice à l’observation de la vie locale.
Dans une ambiance plus feutrée, le Salon Chouquette (rue de l’Hubac) invite à la dégustation de thés, tartes maison et douceurs en tous genres. On s’y arrête parfois après le marché, le dimanche, pour refaire le monde, feuilleter un roman, ou juste profiter d’une lumière douce de fin de matinée.
Une autre richesse discrète du centre ancien de Digne, ce sont les boutiques d’artisans d’art, d’antiquaires et quelques galeries. La Galerie du 23, rue Saunerie, expose une sélection de créateurs locaux : poterie, aquarelle, objets en bois ou en pierre de Digne, matière emblématique.
Face à la concurrence des zones périphériques, le centre ancien de Digne continue d’innover : la municipalité a lancé en 2022 le dispositif “Cœur de Ville Connecté”, avec une carte interactive des commerces et une aide à la rénovation de vitrines (source : CCIT).
Ces initiatives font vivre la ville au rythme des saisons et promettent, pour les années à venir, un centre toujours plus ouvert, où il fait bon déambuler, rencontrer, et s’étonner.
Que vous soyez habitant de longue date, nouvel arrivant ou visiteur de passage, le cœur commerçant de Digne a tout d’une aventure à vivre de l’intérieur. Derrière chaque porte, une histoire, un savoir-faire, des rencontres – et souvent, une petite gourmandise à emporter. C’est cette mosaïque de découvertes, simple et authentique, qui fait que, chez nous, il y a toujours une raison de “faire un tour au centre”, encore et encore.
On espère que cette balade vous donnera envie d’arpenter les ruelles dignoises à la rencontre de celles et ceux qui donnent une âme à notre petit coin des Alpes. Si vous avez une adresse à partager, laissez-nous un mot : la liste des commerces emblématiques du centre ancien est vivante, et c’est aussi la vôtre.