Si vous passez rue du Jeu de Paume, le parfum du pain chaud et le bruit des marteaux sur l’enclume trahissent une adresse à part : la Maison Alexandra David-Neel a ouvert ses portes à plusieurs artisans du Pays dignois. On y retrouve le contraste entre la sagesse orientale de la célèbre exploratrice et le bouillonnement créatif local.
Cette Maison, soutenue par la mairie et l’Office du Tourisme, accueille régulièrement des stages d’initiation pour habitants et visiteurs. Pour ceux qui voudraient rapporter un souvenir, l’atelier propose tasses, bols et pièces uniques – chaque pièce signée à la main.
Des savoir-faire qui parlent d’ici : focus sur trois ateliers phares du centre ville
Le Santon de Digne : une tradition revisitée
Difficile de parler de Digne sans aborder les santons. Depuis la fin XIXe, des ateliers animent la rue de l’Hubac et la Place du Général de Gaulle. L’atelier « Santons Camatte », le plus ancien en activité depuis 1936, n’a jamais quitté les ruelles du centre.
- Fabrication à la main, chaque santon nécessite en moyenne 7 étapes (moulage, séchage, ébarbage, cuisson, peinture…)
- Plus de 60 personnages « dignois » sont proposés : le berger de Tartonne, la laitière de Marcoux, l’apothicaire dignois…
- Chaque année, près de 3500 santons sortent de l’atelier, dont 75% sont vendus localement (Santons Camatte)
L’atelier, ouvert aux visiteurs pendant les vacances, organise aussi des démonstrations. Pour les enfants du pays, s’initier à la fabrication d’un santon dignois reste un passage qu’on n’oublie pas.
Artisans du cuir : entre tradition et revival urbain
Sur la Place du Tampinet, un atelier sent encore la laine chaude et le cuir tanné. Patrick, sellier-bourrelier, évoque un métier qui a failli disparaître. Mais aujourd’hui, le cuir local connaît un regain d’intérêt avec des créateurs qui revisitent sacs, ceintures et petite maroquinerie.
- Utilisation privilégiée de peaux issues des troupeaux des Préalpes et du pays dignois
- Techniques de tannage au chêne, transmis de père en fils
- Propose aussi réparation de selles anciennes (les bergeries dignoises sont encore nombreuses à en profiter)
« C’est le détail qui fait la différence : la couture à la main, les boucles en laiton, le cuir qui garde encore un peu la senteur de garrigue », nous confie-t-il.
Savonneries et senteurs dignoises : l’art de la propreté locale
Le savon dignois, c’est quasiment une marque déposée. Au XIXe siècle, on comptait 4 savonneries dans la ville ; aujourd’hui, deux subsistent, dont la plus connue, La Savonnerie de Haute-Provence, à deux pas de la cathédrale Saint-Jérôme.
- Savon à base d’huile d’olive, souvent enrichi en lavande, thym, romarin
- Technique de saponification à froid privilégiée, plus écologique et respectueuse des ingrédients
- Production annuelle estimée à 12 tonnes, dont une part croissante exportée (Source : Savonnerie Haute-Provence)
Si vous passez en matinée, l’odeur de lavandin flotte jusqu’au marché. La boutique propose souvent un petit atelier-découverte sur réservation.
Des rencontres qui font vivre la tradition : les marchés, écoles et événements
Ici, on ne sépare jamais tout à fait l’atelier du marché. Le marché provençal du samedi matin est une vitrine capitale : une vingtaine d’artisans y exposent entre avril et octobre. On y croise souvent Laure, fileuse de laine de la Bréole, ou l’équipe de l’Atelier Bois et Pierre venu de la vallée du Bès.
- Marché du samedi matin, Place du Général de Gaulle : plus de 5 000 visiteurs en haute saison (Office de Tourisme)
- Présence d’au moins 7 métiers traditionnels chaque semaine, dont coutellerie, vannerie, et céramique
- Des animations régulières (fête du pain, démonstrations, « main à la pâte » pour les enfants)
La MJC et les écoles locales proposent aussi chaque année des ateliers à destination des scolaires pour découvrir la filière laine ou les secrets des pigments naturels utilisés par les céramistes.
Focus sur les nouveaux artisans : quand le Pays dignois attire la créativité
Depuis 10 ans, le centre de Digne voit arriver de nouveaux artisans, souvent venus d’ailleurs, attirés par l’esprit village et la lumière du pays.
- En 2022, 17 nouvelles entreprises artisanales ont ouvert dans le cœur de ville (source : CCI des Alpes-de-Haute-Provence)
- Montée en puissance des métiers d’arts liés au bien-être et à la déco (ébénistes, créateurs de luminaires, tapissiers-restaurateurs…)
- Des parcours variés : anciens Parisiens, reconversions, jeunes diplômés en arts appliqués… ils citent la « convivialité » comme raison première de leur installation (sondage réalisé par la Ville de Digne en 2021)
À la rue de l’Hubac, Pauline a ouvert un atelier de bijoux en 2020, misant sur l’agate, le quartz et les pierres semi-précieuses du pays dignois. À l’atelier du 7, Cécile travaille le bois de cade, cet arbre emblématique du Verdon, pour fabriquer boutons, bijoux et objets déco.
Nombre d’artisans se regroupent lors de temps forts locaux : la Semaine des Métiers d’Art chaque printemps, « Samedi des Artisans » une fois par mois en été, ou encore la Nuit des Ateliers pendant les Fêtes.
Un territoire à la croisée des gestes et de l’avenir
Ce qui frappe à Digne, c’est moins la nostalgie du passé que la vitalité du présent. Il ne s’agit pas seulement de sauvegarder une carte postale provençale, mais de transmettre. On croise des jeunes en stage d’initiation chez le potier, des familles apprenant à malaxer la pâte à savon, ou des voyageurs revenus grâce à un simple bol acheté ici.
- Économie locale : le secteur artisanal dignois représentait en 2023 près de 11 % des emplois du centre-ville (INSEE).
- Savoir-faire labellisés : 4 entreprises du centre ont obtenu le label « Entreprise du Patrimoine Vivant » ces cinq dernières années.
- Sensibilisation : plus de 150 élèves dignois formés chaque année via des modules sur l’artisanat local intégrés au programme scolaire.
Pour qui veut comprendre ce coin des Alpes, rien de tel que de sentir l’ambiance d’un atelier, de partager la passion d’un artisan ou de ramener chez soi un objet façonné dans la lumière dignoise. Entre passé et présent, le centre de Digne continue de battre au rythme patient des mains, des outils, de la transmission.
Si vous passez par là, n’hésitez pas à pousser la porte d’un atelier : tout ce qu’on vous a raconté, vous pourrez le sentir, le toucher, et pourquoi pas, donner à votre tour un coup de main au savoir-faire du pays.