Quand on pense à Digne-les-Bains, aux villages tout autour et à ce petit carré de Provence accroché à la montagne, la première image qui revient souvent, c’est celle du marché. Chez nous, le marché, ce n’est pas qu’un rendez-vous pour faire des courses. C’est l’endroit où l’on sent la vraie humeur du pays : ça discute en parlant fort, ça rigole, ça goûte, et ça sent bon les saisons. Que vous soyez de la vallée de la Bléone, de Thoard ou d’Aiglun, il y a toujours un marché pas loin, où les producteurs du coin déballent leurs trésors du matin.
Entre les étals chargés de couleurs, la poignée de main ferme sous le soleil ou la brume, et le “vous” chaleureux pour vous faire goûter le dernier fromage du piémont, on voit vite que le produit local, ici, ce n’est pas une promesse marketing. C’est ce qui fait vivre le pays dignois, ce qui tisse des liens. On vous emmène donc faire le tour de ces produits — du plateau de Valensole aux petits potagers de la vallée, en passant par le miel, les fromages et d’autres douceurs bien d’ici.
Avant de plonger dans le cœur de l’étal, petit passage pratique : les marchés dignois sont à la fois quotidiens et saisonniers. Le grand marché de Digne-les-Bains anime la place du Général de Gaulle trois fois par semaine (mercredi, samedi, dans une moindre mesure le lundi), mais chaque village a son rendez-vous :
Selon la saison, le nombre de producteurs varie (de 15 à 40 sur le marché dignois du samedi selon la mairie de Digne). Vous trouverez toujours un coin pour discuter, une olive nouvelle à goûter, un bouquet de thym à respirer.
C’est la première chose qui frappe sur un marché digne de ce nom (pardonnez-nous ce jeu de mots…) : la diversité et la fraîcheur. Ici, on suit la cadence du climat — parfois tardif, parfois rude, mais toujours sincère.
On note ici la raréfaction de certaines cultures à cause du climat : la pêche, jadis reine à Hautes-Duyes ou Champtercier, est plus rare autour de Digne aujourd’hui (source : Chambre d’Agriculture 04).
Les producteurs locaux travaillent en circuits très courts : cueillette du matin, étal du jour — ce qu’ont cueilli ou ramassé les familles Vial, Martin, ou Cheylan, vous le retrouvez directement sur la place.
La fromagerie provençale, on la connaît surtout pour ses chèvres, et ici le chèvre fermier domine en toutes saisons. Sur le marché, on retrouve en général trois à six producteurs différents, chacun avec son style :
Vache et brebis sont plus rares, mais les courageux du plateau de Valensole, de Thoard ou du côté de Draix redonnent vie à certains tommes traditionnelles.
Les prix restent accessibles (en moyenne 3,50€ la pièce en 2023, selon la Coopérative Laitière de Digne), mais la vraie richesse, c’est de pouvoir discuter avec celui ou celle qui a trait, moulé, salé, et d’entendre les histoires de transhumance ou de cabane d’estive.
À chaque saison, son miel sur les marchés dignois. Les apiculteurs d’ici, ce sont souvent des familles installées depuis plusieurs générations, entre Digne, Le Brusquet ou Mézel.
Autre douceur d’ici, plus rare mais à chercher : les confitures aux fruits oubliés (sureau, prunelle, nèfle). Marie, sur un petit stand, fait chaque année une série limitée de “parchons” (confiture d’abricot de pays, recette transmise de sa grand-mère).
Le nougat artisanal ose parfois une place à côté du vendeur de miel. Cuit “à la montagne”, selon la tradition, par petits lots de 3 ou 5 kg (source : Association Nougatiers de Haute-Provence, 2022).
Les champs d’oliviers marquent l’entrée sud du Pays dignois. L’oliveraie n’est pas immense, mais elle tient bon, portée par quelques familles et moulins traditionnels autour de Volonne, Mézel et Mallemoisson.
En discutant avec les producteurs, vous apprendrez aussi à reconnaître l’huile “première pression à froid”, la plus riche, qui se vend directement en vrac sur les marchés (entre 13 et 16€ le litre selon les années, cf. Syndicat des Oléiculteurs 04).
On oublie souvent que la montagne dignoise apporte aussi ses charcuteries uniques. Les petits producteurs (Artisans Bouchers de Digne, Ferme des Alpes à Aiglun) proposent :
Depuis 2022, le marché accueille aussi (occasionnellement) des éleveurs bio de Highland Cattle dont la viande est particulièrement prisée en restauration locale.
Il n’y a pas que la lavande qui parfume les marchés dignois. Chaque saison, sur certains étals, vous croiserez :
Depuis 2023, le Collectif des Simples propose chaque samedi un stand pédagogique, pour débuter dans la cueillette locale ou découvrir de nouvelles façons d’utiliser herbes et fleurs comestibles.
Sur les marchés dignois, impossible de faire ses courses sans tomber sur un savon, une huile de massage ou un petit objet tourné dans du bois local. Nos producteurs aiment marier l'utile au plaisir.
Ce savoir-faire se découvre particulièrement le samedi, quand artisans et producteurs partagent la même place avec, chaque fois, une histoire à raconter derrière chaque objet.
Même hors saison, ces produits n’ont pas disparu. Plusieurs points de vente directe et petits magasins de producteurs permettent de poursuivre l’expérience du marché dignois :
Et, pour garder le lien avec la nature au fil des semaines, certains maraîchers proposent aussi des abonnements à des paniers frais, livrés directement sur Digne, Champtercier ou Chaffaut.
Il n’y a pas deux samedis identiques sur ces places : chaque saison, chaque orage, chaque printemps sec ou pluvieux, façonne ses étals, ses goûts et ses histoires. C’est ce qui fait le charme chaleureux, imprévisible, et résolument humain des marchés dignois.