Ces commerces de Digne qui tiennent bon et inventent demain
dimanche 7 juin 2026
À Digne-les-Bains : le commerce, une histoire de proximité
Il suffit de traverser la place du Général de Gaulle, un matin de marché, pour se rendre compte que Digne-les-Bains n’a pas renoncé à l’esprit du commerce local. Ici, au pied des montagnes, pas de grandes enseignes alignées à perte de vue, mais une mosaïque de vitrines, d’odeurs de pain chaud, de conversations sur les bancs du centre. Pour beaucoup, ces commerces sont bien plus que des points de vente : ce sont des repères, des lieux de vie. Pourtant, comme ailleurs, le commerce de proximité a dû s’adapter. Mais à Digne, il le fait à sa façon, entre tradition et initiatives nouvelles.
Un tissu commercial resté dense, malgré des vents contraires
Même si certains volets se ferment, le cœur du centre-ville bat toujours, porté par plus de 200 commerces de proximité selon les chiffres 2023 de la Chambre de Commerce et d'Industrie des Alpes-de-Haute-Provence (CCI 04). Le commerce dignois, longtemps soutenu par la présence de la cure thermale et du tourisme de passage, doit pourtant faire face à plusieurs défis :
La concurrence des zones commerciales périphériques, notamment à Saint-Christophe et Les Sièyes
La hausse de l'e-commerce, qui a connu un bond lors du confinement
Des fermetures liées à une transmission difficile de certaines enseignes historiques
Un pouvoir d'achat local parfois contraint
Mais contrairement à beaucoup de petites villes, Digne affiche un taux de vacance commerciale autour de 9,1 % en 2023, moins élevé que la moyenne des villes françaises de taille similaire (France Urbaine). Une particularité qui tient pour partie à l’objectif de préserver la « ville à taille humaine » défendu dans la commune depuis des années.
Portraits d’un renouveau : commerces indépendants et collectifs
Pour comprendre ce qui bouge, il faut aller à la rencontre de celles et ceux qui font vivre ces rues. Nous avons pris le temps d’échanger sur la place du marché, et constaté plusieurs tendances qui changent la donne.
1. Des établissements familiaux… et de nouveaux venus
Boulangeries de quartier : Comme la Maison Leroy, fondée en 1952, qui continue de faire du pain « au levain du pays », mais propose aussi des créations végétales et organise chaque trimestre des ateliers avec l’école du quartier.
Épiceries fines : Plusieurs commerces spécialisés (La Cave du Cours, Douceurs de Provence...) s'appuient sur des produits locaux pour fidéliser et attirer, misant sur la convivialité, la dégustation, et la proximité avec les producteurs du pays Dignois.
Librairies indépendantes : La librairie La Ruelle, par exemple, fait vivre la littérature et le débat local, en multipliant rencontres, clubs de lecture et ateliers jeunesse autour de la culture provençale ou de la biodiversité.
2. Le boom des commerces portés par des collectifs
Coopératives de producteurs : Au “Local Paysan”, ce sont plus de 40 producteurs dignois et du Val de Bléone qui partagent la gestion et la vente directe de leurs produits. Des fruits, du miel, du fromage, mais surtout une ambiance qu’on ne retrouve pas ailleurs.
Projets associatifs : L’épicerie participative L’Alter, rue du Jeu de Paume, est gérée par ses adhérents. Chacun donne un peu de temps et bénéficie de tarifs préférentiels, tout en favorisant une alimentation de qualité à prix juste.
Dans ces lieux, on s’aperçoit que le commerce dignois, c’est d’abord une histoire de gens du coin, mais aussi d’échanges et d’ouverture.
Initiatives et innovations : quand la ville fait le pari du local
Le commerce de proximité à Digne, ce n’est pas seulement une question de volonté individuelle : les politiques locales et l’engagement des habitants font bouger les lignes, parfois de façon très concrète.
Un centre-ville revitalisé
Depuis 2018, la mairie a mené un programme de redynamisation du centre-ville, avec la mise en place de locaux commerciaux à loyers réduits pour les nouveaux indépendants. Selon la mairie, ce dispositif — couplé à une rénovation des façades et des places — a permis la création ou l’installation de 17 commerces entre 2019 et 2023, notamment dans les rues Gambetta, du Bourg et de l’Hubac [source : Ville de Digne-les-Bains, bilan 2023].
Le numérique : une carte à jouer, mais pas sans ancrage local
Dès 2020, la plateforme “Ma Ville Mon Shopping” a permis à une quarantaine de commerçants dignois de s’ouvrir à la vente en ligne et au “Click & Collect”, renforçant la visibilité locale face aux géants du web. Cela ne remplace pas la boutique physique, mais cela offre un complément salutaire, surtout hors saison thermale.
Plusieurs initiatives d’achat groupé et de livraison à vélo ont vu le jour, notamment pendant la crise sanitaire, et perdurent pour les personnes sans voiture ou éloignées du centre.
Témoignages de terrain : le commerce, miroir de la vie dignoise
Lorsqu’on demande à Élodie, du collectif, ce qui fait la différence à Digne, elle répond en souriant :
« Ce sont les commerçants qui connaissent le prénom des enfants, qui prennent le temps de bavarder, qui partagent une recette ou un coin de balade. On n’est pas dans la consommation anonyme, ici. »
Sonia, boulangère sur l’avenue Jean Giono, nous confie également :
« C’est vrai, il y a moins de passage hors saison, mais on sent que les gens tiennent à leurs commerces. Les marchés, ça crée du lien, ça fait tourner nos boutiques, et maintenant, chaque événement local, on s’y met tous ensemble — la fête de la lavande, la Bravade, même le carnaval. »
Plusieurs commerçants soulignent le rôle moteur du marché couvert, qui attire une clientèle fidèle venue jusqu’à Sisteron ou depuis les villages voisins, jusque dans la vallée de l’Asse. Certains évoquent aussi l’importance de proposer autre chose : événements thématiques en boutique, offres locales pour étudiants de l’IUT, partenariats avec les campings et structures touristiques.
Décryptage : entre nouvelles attentes, enjeux d’avenir et spécificités dignoises
Les forces en présence du commerce local :
La spécialisation, en réponse à l’e-commerce : Les boutiques indépendantes tirent leur épingle du jeu en proposant des produits du terroir, des savoir-faire artisanaux ou un service ultra-personnalisé qu’on ne trouve ni sur internet ni en périphérie.
L’ancrage territorial : Les commerçants dignois sont souvent engagés dans les associations locales (DLP, Made in Digne, fédération commerçante) et créent un bouche-à-oreille puissant.
L’accueil : Digne n’est pas la ville où l’on passe sans s’arrêter. La convivialité et la patience y font (encore) la différence.
Mais des faiblesses demeurent :
Les horaires restreints, notamment hors saison, peuvent freiner l’attractivité pour une clientèle plus jeune ou de passage.
La dépendance au pouvoir d’achat local et au tourisme thermique crée de vraies variations saisonnières.
Certaines rues secondaires du centre restent fragiles, et peinent à retrouver une dynamique.
Reste que ces enjeux ne sont pas propres à Digne. Ce qui fait la différence ici, c’est la capacité à innover sans perdre l’âme du lieu.
À l’horizon : quels futurs pour le commerce dignois ?
L’avenir du commerce de proximité à Digne dépendra de plusieurs facteurs :
La poursuite d’une politique favorisant la diversité des commerces et l’encadrement des loyers pour accueillir les jeunes créateurs.
L’animation des marchés et événements permettant de faire venir les Dignois… et pas seulement les vacanciers.
L’intégration du numérique, mais toujours avec l’accent du pays et la mise en valeur de savoir-faire locaux, qu’il s’agisse de l’huile d’olive, des savons, des ouvrages de la maison de la presse ou du miel des collines du Siron.
Longtemps, Digne a parfois été vue comme une “ville de passage”. Aujourd’hui, ses commerces de proximité rappellent qu’on peut y prendre son temps, recommencer à se saluer, à choisir un morceau de fromage ou un bouquet de lavande, à la main, en échangeant quelques mots, un sourire. Derrière chaque comptoir, il y a une histoire et un attachement au territoire. C’est peut-être cela, au fond, qui donne sa force et son originalité au commerce local dignois.
Et si vous vous baladez par ici, que ce soit pour une matinée de marché ou un simple café sur la place, poussez donc la porte de ces boutiques. Il y a fort à parier que vous y trouverez bien plus que ce que cherchent les algorithmes.