Marchés et commerce local en Pays Dignois

Redonner vie à nos centres-villes : initiatives et projets pour le commerce local dans le Pays dignois

Pourquoi soutenir le commerce local ? Une question de cœur… et de survie

On s’imagine parfois que le commerce local va de soi. Pourtant, d’après la CCI des Alpes-de-Haute-Provence, 1 commerce de proximité sur 4 pourrait fermer dans les 10 prochaines années sans actions volontaristes (source : CCI 04). Les causes sont connues : départ d’habitants vers la périphérie, vieillissement, concurrence du e-commerce et des grandes surfaces. Mais chaque fermeture, c’est un peu de la vie du village qui s’en va. C’est moins de lumière le soir, moins de bavardages au coin de la place, moins d’emplois aussi.

  • Un euro dépensé dans le commerce local génère jusqu’à trois fois plus d’activité pour le territoire qu’un euro dépensé sur Internet (source : Utopies, 2022).
  • Le linéaire commercial de centre-ville à Digne a régressé de 13% en 15 ans, mais certains quartiers gagnent des boutiques grâce à des projets innovants (source : INSEE, 2021).

Soutenir nos petits commerces, ce n’est pas seulement faire rouler l’économie locale. C’est aussi maintenir une société vivante et, quelque part, défendre le paysage, la convivialité et cette solidarité qui fait que, même sous la pluie, on trouve toujours quelqu’un pour dépanner.

Les marchés de producteurs : piliers (et laboratoires) de la vie locale

Dans le Pays dignois, les marchés ne sont pas qu’un décor de carte postale. Ce sont de véritables “institutions” où se croisent les anciens venus choisir leurs légumes et les jeunes installés qui refont le monde autour d’un café. Mais la nouveauté, ces dernières années, c’est le retour en force des marchés de producteurs et d’artisans locaux.

  • Marché des producteurs de Digne-les-Bains (samedis matin, Place du Général de Gaulle) : Initié par des collectifs agricoles et soutenu par la municipalité, il propose exclusivement des produits locaux, issus de moins de 50 km. Présence régulière de 35 producteurs, dont 11 en bio (Source : Mairie de Digne-les-Bains, chiffres 2023).
  • Marchés de villages : Une douzaine de rendez-vous hebdomadaires (de Mallemoisson à Barrême) permettent aux habitants de s’approvisionner en direct, et créent de l’animation dans des bourgs qui voient parfois passer plus de touristes que d’élus locaux… Pendant la saison estivale, certains marchés triplent leur fréquentation !
  • Marchés nocturnes ou festifs : Depuis 2019, des expériences de marchés d’artisans et de producteurs (notamment pendant la Fête de la Transhumance à La Javie) attirent un public varié, mélangent musique, dégustation et échanges sur les circuits courts.

Marion du collectif le dit souvent : “C’est ici qu’on entend les vraies nouvelles, pas sur Facebook.” Ces marchés sont aussi des lieux de rencontre où se montent des projets d’habitants — et où naissent parfois des réseaux de solidarité autour de la mobilité ou du maintien à domicile.

Redonner des couleurs à nos vitrines : l’exemple des boutiques partagées et des « Tiers-lieux »

Sur la rue des Prés à Digne, plusieurs boutiques restaient vides depuis des années. Aujourd’hui, certaines accueillent une librairie-café, un atelier de céramiste, ou un espace pour les jeunes créateurs. Que s’est-il passé ? L’impulsion est venue d’un projet de « boutiques partagées », porté par des collectifs d’artisans et soutenu par la communauté d’agglomération Provence-Alpes Agglomération (PAA).

  • En 2023, ce sont 4 locaux vacants qui ont trouvé preneur grâce à des locations à petit prix, mutualisées (Source : Provence-Alpes Agglomération, rapport 2023).
  • Le système encourage l’accueil de plusieurs artisans dans un même espace, avec des permanences tournantes : on peut y trouver de la maroquinerie, des bijoux, des aquarelles… parfois dans la même journée.
  • L’un des exemples emblématiques : la « Passerelle », tiers-lieu installé dans une ancienne boucherie, propose aujourd’hui du coworking, des ateliers créatifs et une petite échoppe de produits locaux.

Ces lieux ne se contentent pas de vendre, ils animent la ville différemment : conférences, ateliers sans rendez-vous, mini-expositions. La concertation avec les habitants a été un motif du succès : chaque projet est discuté en commission participative, et les habitants peuvent proposer des animations adaptées. C’est cette souplesse qui séduit particulièrement les jeunes porteurs de projet.

Quand les collectivités s’en mêlent : aides et accompagnement à la revitalisation

On entend parfois râler contre le manque d’initiatives publiques — mais les choses changent. Depuis 2018, Digne-les-Bains et nombre de communes autour (Seyne, Château-Arnoux-Saint-Auban…) bénéficient du programme national « Petites Villes de Demain » (source : ANCT), qui vise à soutenir la revitalisation des centres-bourgs.

  • 37 communes du 04 engagées dans “Petites Villes de Demain”
  • Subventions pour la rénovation des devantures commerciales et adaptation des locaux vacants à de nouveaux usages
  • Appui à la création de commerces ambulants (prime à l’installation de food-trucks, épiceries mobiles, ou « camions services » itinérants, un mode qui sert beaucoup de villages de vallée et qui ramène vie même là où il n’y a plus de commerce fixe)
  • Aides à l’investissement pour les commerces voulant se numériser ou diversifier leurs services (service de livraison, click & collect, etc.)

À Digne, ce dispositif a permis la relance de l’Épicerie d’Anaïs (quartier de la Sèbe), la rénovation d’enseignes historiques et la création de parcours guidés entre commerçants pour les scolaires et les nouveaux arrivants. Un point trop méconnu : ces parcours sont aussi une façon de transmettre l’histoire locale tout en plaçant le commerce au cœur de la transmission.

Oser le collectif : associations d’artisans, AMAP, ruches et circuits courts

Près de Digne, le collectif “Artisans d’ici” a lancé en 2021 une initiative simple : mutualiser la communication et l’organisation d’événements pour 18 artisans et commerçants du centre-ville. Cela a permis :

  • L’organisation trimestrielle d’un “parcours des savoir-faire” (livret à l’appui, ateliers participatifs, etc.)
  • La refonte de la signalétique en centre-ville pour guider vers les boutiques cachées (notamment rue du Docteur Honnorat)
  • Une présence collective sur les réseaux sociaux et les salons régionaux

Côté alimentation, l’essor des AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) et des Ruches qui dit Oui ! (ventes directes via plateformes locales) fait aussi bouger la donne. On compte désormais 4 AMAP sur le bassin dignois (Source : amapdigne.pro) et 2 “Ruches” (une à Digne, une à Saint-Auban), réunissant plus de 250 familles participantes et plus de 25 producteurs locaux inscrits. Ces réseaux ne maintiennent pas seulement la vente locale : ils créent du lien social et font émerger des débats sur la qualité, l’agriculture, le plaisir de consommer autrement.

Revitaliser l’espace public : mobilier, balades, événements… et chantiers de jeunes

Dans nos villages du pays dignois, redonner vie aux commerces passe aussi par des projets concrets sur l’espace public. Quelques initiatives marquantes :

  • Installation de mobilier attractif sur les places centrales (bancs en bois du scieur local, espaces jeux enfants, terrasses éphémères), notamment à Aiglun et au Brusquet. Cela génère du passage et favorise l’installation de petits stands saisonniers, glaces ou souvenirs.
  • Animations éphémères : la Fête des Possibles (chaque mai à Digne) ou la Nuit des Musées « hors les murs » investissent les rues avec ateliers, concerts, démonstrations de savoir-faire. C’est souvent ce qui déclenche la visite d’une nouvelle boutique ou d’un atelier que l’on n’aurait pas franchi autrement.
  • Chantiers de jeunes bénévoles et artistiques : Des projets comme « Recolorons nos murs » (piloté par la MJC) ont permis la création de fresques sur des devantures murées, transformant ce qui était perçu comme une fermeture en support d’expression collective et de fierté locale.
  • Balades contées et parcours découverte : À Moustiers, Digne ou dans les villages perchés, des balades guidées avec arrêts chez les artisans et commerçants ajoutent une touche humaine à la visite et allongent le temps de passage en centre-ville.

On le voit : pour attirer et fidéliser, il ne suffit plus d’attendre le miracle ou le retour du “Monoprix” du coin. C’est en créant du passage, de la convivialité, un peu de poésie même dans un quartier parfois jugé endormi, qu’on redonne l’envie de s’y arrêter — et d’y revenir.

Idées à saisir et défis à relever : mutualiser, innover, accompagner…

D’autres territoires rurales ou semi-urbaines fournissent aussi de l’inspiration. À Sisteron, par exemple, la coopérative d’habitants “Le Comptoir” mariait café associatif et épicerie solidaire avec succès, tout en accueillant des permanences de Pôle Emploi. À Forcalquier, la “Maison des producteurs et artisans” est devenue un relais d’accueil touristique autant qu’un moteur commercial. La clé ? Oser hybrider les usages et s’appuyer sur les forces locales plutôt que sur des recettes toutes faites.

Dans le pays dignois, il reste beaucoup à inventer : habitat partagé en centre-bourg, coopératives d’artisans, services à la personne portés par des collectifs de commerçants… Ce ne sont pas les “bonnes volontés” qui manquent, mais parfois la coordination, la formation, ou le coup de main administratif pour passer de l’idée au projet. C’est donc aussi un appel à vous qui habitez ici ou venez en voisins : si chacun y va de sa suggestion ou de ses coups de main, on multiplie les chances de voir le rideau se relever là où la lumière s’était un peu éteinte.

Et demain ? Les petits pas du présent pour la vitalité future

On aime dire, sous le Cousson ou dans la vallée, qu’il ne tient qu’à une poignée de gens motivés de rallumer la flamme dans la vitrine d’un centre-bourg. Les projets que nous avons croisés, les initiatives décrites ici, montrent qu’il est possible de mêler action municipale, audace citoyenne et goût de l’innovation, sans trahir l’âme du pays.

Parmi les efforts à poursuivre – ou à inventer :

  • Faciliter la passation des commerces (coup de main entre générations, coaching par les chambres consulaires, rencontres “projet/jeune commerçant” organisées par les collectivités).
  • Développer les circuits très courts et les monnaies locales (certaines expérimentations existent déjà du côté de Manosque et Aix, à suivre…)
  • Encourager plus de mixité des usages, entre logement, commerces, ateliers, lieux culturels.
  • Rendre plus visibles les horaires, services, actualités des commerces : une communication claire, partagée, accessible — et pourquoi pas numérique quand cela aide à toucher ceux qui bossent tard ou télétravaillent…

C’est sur ces chantiers concrets, entre marchés, idées neuves et un coup de cœur local, que le Pays dignois continuera d’avancer, sans jamais oublier cette chaleur du quotidien qu’on ne trouve pas sur Amazon. Si vous passez par ici pour un marché, une balade, ou une envie d’ouvrir boutique : la place, elle, vous attend.