On s’imagine parfois que le commerce local va de soi. Pourtant, d’après la CCI des Alpes-de-Haute-Provence, 1 commerce de proximité sur 4 pourrait fermer dans les 10 prochaines années sans actions volontaristes (source : CCI 04). Les causes sont connues : départ d’habitants vers la périphérie, vieillissement, concurrence du e-commerce et des grandes surfaces. Mais chaque fermeture, c’est un peu de la vie du village qui s’en va. C’est moins de lumière le soir, moins de bavardages au coin de la place, moins d’emplois aussi.
Soutenir nos petits commerces, ce n’est pas seulement faire rouler l’économie locale. C’est aussi maintenir une société vivante et, quelque part, défendre le paysage, la convivialité et cette solidarité qui fait que, même sous la pluie, on trouve toujours quelqu’un pour dépanner.
Dans le Pays dignois, les marchés ne sont pas qu’un décor de carte postale. Ce sont de véritables “institutions” où se croisent les anciens venus choisir leurs légumes et les jeunes installés qui refont le monde autour d’un café. Mais la nouveauté, ces dernières années, c’est le retour en force des marchés de producteurs et d’artisans locaux.
Marion du collectif le dit souvent : “C’est ici qu’on entend les vraies nouvelles, pas sur Facebook.” Ces marchés sont aussi des lieux de rencontre où se montent des projets d’habitants — et où naissent parfois des réseaux de solidarité autour de la mobilité ou du maintien à domicile.
Sur la rue des Prés à Digne, plusieurs boutiques restaient vides depuis des années. Aujourd’hui, certaines accueillent une librairie-café, un atelier de céramiste, ou un espace pour les jeunes créateurs. Que s’est-il passé ? L’impulsion est venue d’un projet de « boutiques partagées », porté par des collectifs d’artisans et soutenu par la communauté d’agglomération Provence-Alpes Agglomération (PAA).
Ces lieux ne se contentent pas de vendre, ils animent la ville différemment : conférences, ateliers sans rendez-vous, mini-expositions. La concertation avec les habitants a été un motif du succès : chaque projet est discuté en commission participative, et les habitants peuvent proposer des animations adaptées. C’est cette souplesse qui séduit particulièrement les jeunes porteurs de projet.
On entend parfois râler contre le manque d’initiatives publiques — mais les choses changent. Depuis 2018, Digne-les-Bains et nombre de communes autour (Seyne, Château-Arnoux-Saint-Auban…) bénéficient du programme national « Petites Villes de Demain » (source : ANCT), qui vise à soutenir la revitalisation des centres-bourgs.
À Digne, ce dispositif a permis la relance de l’Épicerie d’Anaïs (quartier de la Sèbe), la rénovation d’enseignes historiques et la création de parcours guidés entre commerçants pour les scolaires et les nouveaux arrivants. Un point trop méconnu : ces parcours sont aussi une façon de transmettre l’histoire locale tout en plaçant le commerce au cœur de la transmission.
Près de Digne, le collectif “Artisans d’ici” a lancé en 2021 une initiative simple : mutualiser la communication et l’organisation d’événements pour 18 artisans et commerçants du centre-ville. Cela a permis :
Côté alimentation, l’essor des AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) et des Ruches qui dit Oui ! (ventes directes via plateformes locales) fait aussi bouger la donne. On compte désormais 4 AMAP sur le bassin dignois (Source : amapdigne.pro) et 2 “Ruches” (une à Digne, une à Saint-Auban), réunissant plus de 250 familles participantes et plus de 25 producteurs locaux inscrits. Ces réseaux ne maintiennent pas seulement la vente locale : ils créent du lien social et font émerger des débats sur la qualité, l’agriculture, le plaisir de consommer autrement.
Dans nos villages du pays dignois, redonner vie aux commerces passe aussi par des projets concrets sur l’espace public. Quelques initiatives marquantes :
On le voit : pour attirer et fidéliser, il ne suffit plus d’attendre le miracle ou le retour du “Monoprix” du coin. C’est en créant du passage, de la convivialité, un peu de poésie même dans un quartier parfois jugé endormi, qu’on redonne l’envie de s’y arrêter — et d’y revenir.
D’autres territoires rurales ou semi-urbaines fournissent aussi de l’inspiration. À Sisteron, par exemple, la coopérative d’habitants “Le Comptoir” mariait café associatif et épicerie solidaire avec succès, tout en accueillant des permanences de Pôle Emploi. À Forcalquier, la “Maison des producteurs et artisans” est devenue un relais d’accueil touristique autant qu’un moteur commercial. La clé ? Oser hybrider les usages et s’appuyer sur les forces locales plutôt que sur des recettes toutes faites.
Dans le pays dignois, il reste beaucoup à inventer : habitat partagé en centre-bourg, coopératives d’artisans, services à la personne portés par des collectifs de commerçants… Ce ne sont pas les “bonnes volontés” qui manquent, mais parfois la coordination, la formation, ou le coup de main administratif pour passer de l’idée au projet. C’est donc aussi un appel à vous qui habitez ici ou venez en voisins : si chacun y va de sa suggestion ou de ses coups de main, on multiplie les chances de voir le rideau se relever là où la lumière s’était un peu éteinte.
On aime dire, sous le Cousson ou dans la vallée, qu’il ne tient qu’à une poignée de gens motivés de rallumer la flamme dans la vitrine d’un centre-bourg. Les projets que nous avons croisés, les initiatives décrites ici, montrent qu’il est possible de mêler action municipale, audace citoyenne et goût de l’innovation, sans trahir l’âme du pays.
Parmi les efforts à poursuivre – ou à inventer :
C’est sur ces chantiers concrets, entre marchés, idées neuves et un coup de cœur local, que le Pays dignois continuera d’avancer, sans jamais oublier cette chaleur du quotidien qu’on ne trouve pas sur Amazon. Si vous passez par ici pour un marché, une balade, ou une envie d’ouvrir boutique : la place, elle, vous attend.