Derrière la lavande, la vie : comment nos zones d’activités font travailler le Pays dignois

Un territoire nature, mais aussi entreprenant

Quand on parle du Pays dignois, ce sont souvent les paysages qu’on met devant soi : le Cousson, les plaines de lavande du Valensole pas loin, et ce fond d’air pur qui donne le goût de rester. Mais, au fil des rencontres et des passages sur la route de Manosque ou sur la nationale, on croise souvent une pancarte “Zone d’Activités”. Derrière ce mot un peu technique, il y a un vrai sujet qui touche à la vie quotidienne de notre coin : l'emploi, l’effort collectif, l’adaptation.

Alors, on a voulu aller voir, sur le terrain, ce qui fait vivre ces lieux qui, parfois, se cachent un peu dans le paysage. Derrière les hangars ou les bâtiments métalliques, il se passe bien plus de choses qu’on ne croit.

Les zones d’activités dans le Pays dignois : un maillage discret mais essentiel

À l’échelle du territoire dignois — qui englobe Digne-les-Bains, la vallée de la Bléone, les hauteurs de Marcoux à Estoublon, jusqu’aux premiers contreforts du plateau de Valensole — on compte une douzaine de zones d’activités principales, sans compter les plus petites à l'échelle des villages. Elles portent parfois des noms comme La Javie, Saint-Christophe, Entrages, ou encore la très visible zone de Saint-Christophe à la sortie de Digne en allant vers Sisteron.

  • Zone Saint-Christophe à Digne-les-Bains : La plus grande, plus de 130 entreprises et près de 1100 emplois sur place en 2023 (source : Communauté d’Agglomération Provence Alpes Agglomération).
  • Zone de la Sèbe : Plus artisanale, une trentaine de structures, surtout du bâtiment et des services.
  • Zones rurales (Estoublon, Barrême, Thoard...) : Quelques entreprises chaque fois, mais souvent vitales pour le village (menuisier, mécanicien, transporteur, brasseur...).

Dans un territoire de montagnes et de vallées, on ne trouve pas d’immenses zones industrielles comme à Fos-sur-Mer ou à Marseille. Ici, tout est à taille humaine, mais c’est justement ce tissage d’activités qui permet de maintenir des emplois de proximité.

Quels métiers et quelles entreprises dans ces zones ?

On pourrait croire qu’il ne s’agit que d’entrepôts ou de garages, mais c’est en se baladant entre les bâtiments qu’on découvre tout un éventail de savoir-faire :

  • Des fleurons locaux de l’agroalimentaire (ex : Moulins de Saint-Christophe, distributeurs locaux, producteurs de bières comme la Brasserie de la Bléone...)
  • Industrie légère : ateliers métallurgiques, découpe de bois, fabricant de structures métalliques
  • Logistique et transport, adaptés à la topographie pas toujours simple des lieux
  • Artisanat : menuiserie, plomberie, électricité… avec fils et outils souvent transmis de père en fille ou fils
  • Services de proximité : réparation auto, services informatiques, nettoyage industriel, ateliers vélo...
  • Petits cabinets médicaux, centres de formation, auto-écoles

Une majorité sont des TPE (très petites entreprises) : sur l’ensemble de Provence Alpes Agglomération, 87 % des établissements comptent moins de 10 salariés (source : rapport CCI 2022). Mais quelques structures emploient plus de 50 personnes et irriguent tout le bassin (par exemple l’EPSA - Entreprise Provençale de Systèmes Automatisés à Saint-Christophe).

Du concret : chiffres, anecdotes et récits d’ailleurs

  • Près de 1900 emplois directs sont recensés au sein des zones d’activités du Pays dignois (source : Provence Alpes Agglomération et INSEE 2023).
  • Un impact démultiplié : chaque poste dans une zone entraîne 1,5 à 2 emplois induits dans la restauration, l’artisanat, les services, le commerce local.
  • L’effet “ancrage” : d’après une enquête menée par la CCI des Alpes-de-Haute-Provence, 67% des salariés des zones d’activités résident dans un rayon de moins de 20 km. On reste dans le coin, le matin on croise son voisin à la boulangerie avant la prise de poste.

Ce qui ressort de nos discussions sur le marché de Digne ("à 7h du mat’, tu croises déjà ceux qui vont ouvrir l’atelier ou embarquer le camion de livraison”, témoigne Jean-Marc), c’est que les zones d’activités, loin d’être coupées du reste, vivent à leur rythme, suivent la cadence des travaux saisonniers ou des chantiers, et irriguent villages et bourgs alentour.

Des zones d’activités qui servent aussi la vie locale

Ce qui étonne beaucoup de visiteurs, c’est que les zones d’activités dignoises ne sont pas des “non-lieux” déconnectés du territoire. Au contraire, on retrouve :

  1. Des entreprises familiales : parfois depuis trois générations, voire plus ; on y croise encore “le” charpentier dont tout le pays dignois parle.
  2. Des circuits courts : maraîchers et agriculteurs utilisent les services de transport, les ateliers de réparation, et souvent s’entraident pour la logistique des marchés.
  3. Des emplois jeunes : alternance et stages sont proposés par plusieurs PME artisanales, favorisant le maintien de la jeunesse en territoire rural.
  4. De nouvelles filières : par exemple, les métiers liés à la construction durable ou à l’agroécologie, avec des formations et des recrutements en local (SAIREP à Saint-Christophe forme chaque année une dizaine de techniciens).

Marion, qui de temps en temps donne un coup de main chez un fleuriste de la zone de la Sèbe, constate combien il est précieux pour ces pros de travailler pas loin de chez eux : “Tu passes ton temps à faire des allers-retours si tu veux tout faire à Digne même, alors que là, chaque village garde un peu de son activité.”

Quels défis pour demain ?

Le Pays dignois n’échappe pas aux grands défis ruraux :

  • Problèmes de mobilité : il manque encore des lignes régulières de bus pour relier tous les villages aux zones économiques ; certains salariés partagent leur voiture ou font du stop matinal, outil précieux là où la route de la Bléone est glacée.
  • Difficultés de recrutement : selon la CCI, 25% des entreprises des zones d’activités peinent à recruter faute de candidats sur certains métiers techniques ou de main d’œuvre.
  • Besoin de modernisation : la fibre arrive peu à peu (Saint-Christophe 95% couverte en 2024), mais d’autres zones restent en “zone blanche” pour le très haut débit.
  • Pression écologique : les patrons d’ateliers sont de plus en plus attentifs à leur impact : certains mutualisent leurs livraisons, d’autres installent des panneaux solaires ou récupèrent l’eau de pluie.

Le Pays dignois a du caractère, et son tissu économique aussi : il sait faire avec ses moyens, tout en cherchant à évoluer.

Le regard local : entendre ce que vivent les gens

On l’a vu lors de rencontres, comme celle avec le patron d’une menuiserie à Marcoux. “Ce qui nous fait tenir ici, c’est le lien ! Même si on pourrait aller ailleurs pour plus de clients, on reste parce qu’on connaît tout le monde, on participe à la vie du village, l’atelier sert à tout : réparer une porte, accueillir un stagiaire, filer un coup de main à la mairie...” Lui comme d’autres pensent que la vitalité économique du territoire passe par la solidarité professionnelle, autant que par la concurrence.

Certains jeunes, venus de Digne, pratiquent aussi la “pluriactivité” : la matinée chez un transporteur, l’après-midi chez un apiculteur, ou une saison à mi-temps dans un garage entouré de montagnes. Cela permet de “dresser plusieurs chaises”, comme on dit.

Chiffres clés et cartes pour mieux comprendre

Zone d’activités Nombre d’entreprises Emplois directs Secteurs dominants
Saint-Christophe (Digne) 130+ 1100 Logistique, BTP, Agroalimentaire
Zone de la Sèbe 30 130 Artisanat, Services, Commerce
Estoublon-Val de Rancure 8 25 Agroalimentaire, Transport rural
Marcoux 6 16 Menuiserie, Services

(Source : CAPAA – Communauté d’Agglomération Provence Alpes Agglomération, rapport 2023)

Quand la zone devient un atout pour tous

C’est un sentiment partagé, que ce soit par ceux qui y travaillent ou par ceux qui vivent à côté : la zone d’activités locale, c’est un peu une pièce commune du territoire. On y passe, on y travaille, parfois même on s’y amuse (certains marchés paysans ou vide-greniers d’été s’y sont installés). On y trouve une modernité discrète, des emplois précieux, du lien social et… parfois, à la pause de midi, un coin d’ombre pour profiter de la vue sur nos montagnes.

La dynamique des zones d’activités dignoises est faite de petites choses imbriquées : emploi local, savoir-faire, ancrage, adaptation et envie d’inventer la prospérité autrement qu’en grande ville ou en station thermale. Et vous, c’est dans quelle zone qu’on vous retrouve demain matin ?

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