Vivre et travailler au Pays dignois : portrait d’un territoire en mouvement

Entre montagne et vallées, une population à taille humaine

On le dit souvent autour d’un café, sur la place du Générale-de-Gaulle à Digne : ici, le mot “densité” prend un sens tout particulier. Sur les routes du Pays dignois, “la foule” s’entend différemment qu’ailleurs. Pour cerner cette notion, il faut se pencher sur les chiffres des derniers recensements INSEE. Le Pays dignois, c’est un peu plus de 28 000 habitants dans la communauté d’agglomération Provence Alpes Agglomération (PAA), dont la ville centre Digne-les-Bains (16 500 habitants en 2021 selon l’INSEE).

Le territoire couvre une mosaïque de communes : villages perchés comme Thoard ou Aiglun, hameaux presque secrets, et petites villes actives comme Digne, Les Mées ou Château-Arnoux-Saint-Auban. Globalement, la densité de population atteint à peine 40 habitants au km² dans l’agglomération (contre environ 120 en France métropolitaine). On respire, mais la proximité reste précieuse : on se salue encore dans la rue, on reconnaît facilement les voisins.

  • Digne-les-Bains : 16 500 habitants
  • Château-Arnoux-Saint-Auban : 4 800 habitants
  • Les Mées : 3 400 habitants
  • Villages du Haut-Pays : moins de 500 habitants chacun

Les petites écoles de village sont l’un des marqueurs de cette ruralité vivante, mais elles font parfois face à des défis de maintien (source : INSEE, Statistiques locales 2023).

Vieillissement, mobilité : une démographie qui change mais ne s’essouffle pas

Comme ailleurs en Provence, la population est vieillissante. Plus de 28% des habitants du Pays dignois ont plus de 60 ans (source : INSEE, RP 2021). Cela s’explique par l’attractivité du climat pour les retraités, le départ des jeunes vers les grandes villes pour les études ou le travail, et le faible taux de natalité (moins de 9 naissances pour 1000 habitants en 2020).

Cependant, la région attire aussi des familles en quête de qualité de vie, loin des stress urbains. Depuis 2020, la pandémie de Covid-19 a accéléré ce phénomène ; des “néo-ruraux”, venus de PACA ou d’ailleurs, redécouvrent le charme du coin et s’installent, parfois en télétravail. Ce phénomène se retrouve surtout :

  • Dans les vallées proches de Digne (GAEC, écoles, crèches, commerces de proximité)
  • Dans les villages accessibles par la route de Sisteron ou la vallée de la Bléone

Sur les chemins du Cousson ou dans les ruelles de Mallemoisson, on croise depuis deux ans plus de jeunes enfants et de poussettes – témoignage d’un léger retour des moins de 30 ans.

Autre fait marquant : le taux d’installation étrangère (principalement issus d’Europe, mais aussi Maghreb) s’établit à 9% sur l’agglomération, un chiffre discret mais en légère hausse, notamment grâce à des projets d’agriculture et d’artisanat local (source : Rapport DREAL, 2023).

L’économie dignoise : entre tradition, adaptation et nouveaux défis

Ici, le tissu économique est à l’image du paysage : divers, ancré dans une tradition rurale, mais qui cherche sans cesse à s’adapter. La plus grande part revient à trois piliers :

  • L’agriculture – Lavande bien sûr, mais aussi fruits (pommes, cerises), élevage ovin, maraîchage bio.
  • Les services publics et la santé, porté par la préfecture et le centre hospitalier de Digne (plus de 900 emplois directs).
  • Le tourisme – Des thermes réputés aux sentiers de randonnée du parc naturel géologique.

Chiffre frappant : un quart des emplois du territoire est directement lié à l’administration, la santé et l’action sociale, bien au-dessus de la moyenne nationale (source : INSEE, Emploi local 2021).

Une agriculture qui cherche son futur

La lavande fait la une des cartes postales, mais il y a aussi plus de 500 exploitations agricoles, très majoritairement familiales, qui jonglent entre tradition (miel, chèvre, truffe, spiruline…) et recherche d’innovation (agriculture bio, circuits courts, agrotourisme). En 2023, presque une ferme sur quatre a investi dans la vente directe ou les Amap (source : Chambre d’agriculture 04).

Néanmoins, le secteur agricole doit composer avec l’aridité croissante, la hausse du prix de l’eau et la difficulté à trouver de la main-d’œuvre, surtout lors de la cueillette. D’où l’importance, comme nous le confie Jean-Marc, de “de mieux valoriser les métiers de la terre auprès des jeunes”.

Tourisme : un secteur à deux visages

Le Pays dignois accueille chaque été près de 250 000 visiteurs, Français pour la plupart, mais aussi Suisses, Belges ou Allemands. Mais ce tourisme reste majoritairement saisonnier. Hors curistes, la fréquentation s’effondre l’hiver. Depuis quelques années, on note aussi une montée en puissance de l’écotourisme et des activités de pleine nature, avec le Géoparc reconnu UNESCO qui draine une clientèle à la recherche de randonnées, VTT, parapente ou canoë (Géoparc de Haute-Provence).

  • Plus de 1 touriste sur 3 vient hors pleine saison.
  • Le thermalisme représente 35% des nuitées touristiques annuelles (source : Office du tourisme Provence Alpes Agglomération, 2023).
  • Le nombre de chambres d’hôtes, gîtes et hébergements insolites est en hausse constante (650 structures recensées sur l’agglo PAA).

Un tissu artisanal, mais des industries fragiles

L’artisanat reste un moteur local : maçons, menuisiers, savonniers, céramistes, apiculteurs et producteurs de fromages font vivre les marchés. Mais, hors artisanat, l’industrie a souffert. La fermeture des anciennes usines de céramique et la réduction de la centrale hydroélectrique de Château-Arnoux ont marqué les mémoires. Toutefois, on observe l’implantation de petites entreprises innovantes, comme Serre-Ponçon Microtech ou des startups en lien avec l’énergie verte ou le numérique (source : Pôle emploi 04, 2023).

Habiter le Pays dignois : coûts, mobilité, attractivité

Le prix de l’immobilier, ici, reste inférieur à celui de la Côte d’Azur ou des grandes villes provençales. On estime que le prix moyen du mètre carré à Digne est de 1 600 € pour une maison ancienne (source : DVF, Base Notaires 2023). Dans les villages alentour, on descend parfois sous les 950 € le m². Ceci attire des profils variés : retraités, jeunes couples, familles, mais aussi de plus en plus de porteurs de projets avec un mode de vie plus modeste.

Côté mobilité, la voiture reste reine : 85% des déplacements quotidiens se font en voiture individuelle (INSEE 2021), même si on note une légère progression du covoiturage. Le train des Pignes relie toujours Digne à Nice, mais avec une seule liaison par jour. Le réseau de bus Zou! offre des alternatives, mais reste limité en fréquence et en desserte des plus petits villages.

Enjeux et dynamiques : vers quel Pays dignois demain ?

Le territoire oscille entre attachement à sa ruralité et volonté d’innover :

  • Transition écologique : projets de production d’énergie solaire (parc solaire de Sainte-Tulle), initiatives zéro déchet, mobilité douce en ville.
  • Démarches collectives : jardins partagés, tiers-lieux comme La Miroiterie (espace de coworking à Digne-les-Bains).
  • Relocalisation de l’économie : relance du maraîchage bio, “petites fabriques” (savons, sirops, bières), et ateliers collaboratifs.
  • Lien social : le secours catholique et des associations dynamisent la vie culturelle et l’aide aux publics fragiles.

L’équilibre est délicat : préserver la tranquillité sans tomber dans l’isolement, attirer de nouveaux arrivants tout en gardant son âme, et ne pas rater le virage du numérique et du développement durable. Comme résume Elodie, “le Pays dignois avance à son rythme, en gardant ses racines dans la terre et un œil sur demain”.

Quelques repères chiffrés et réalités à retenir

Donnée Valeur Source
Population agglomération 28 100 (2021) INSEE
Densité/habitants au km² 40 PAA, INSEE
Part des +60 ans 28% INSEE
Taux de chômage 10,2% Pôle emploi, 2023
Prix moyen maison à Digne 1 600 €/m² Base Notaires DVF
Nuitées touristiques annuelles Près de 480 000 Office du tourisme PAA
Part de l’agriculture bio 13% des exploitations Chambre d’agriculture 04
Communes de moins de 500 habitants 58% INSEE

Des dynamiques contrastées, mais le Pays dignois continue d’innover

Le Pays dignois est un territoire attaché à son identité, lucide sur ses défis, mais qui bouge. Cette terre, où l’on croise chaque semaine des marchés vivants, des familles en quête d’air pur, de nouveaux artisans, des aînés qui n’envisageraient pas de vivre ailleurs, donne autant à observer qu’à rêver. Si vous habitez la région, sans doute avez-vous aussi le sentiment que chaque ruelle ou sentier porte l’empreinte de ceux qui y vivent, y investissent et y inventent leur quotidien, entre soleil, vent et authenticité.

À chacun ses repères, à chacun sa manière de contribuer. Ce sont ces multiples visages, ces évolutions lentes ou plus vives, que l’on aime raconter ici – pour que ces chiffres, derrière leur froideur, prennent la couleur du pays.

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