Du volant partagé aux amitiés à la route : le covoiturage local, nouvelle boussole de la mobilité dignoise

Quand la mobilité dans le Pays Dignois prend la route du partage

Ici, entre les plateaux calcaires dressés derrière la Barre des Dourbes et les villages lovés autour de Digne, se déplacer n’a jamais été une mince affaire. On le sait bien au quotidien, ou lorsqu’on regarde le marché du samedi matin reprendre vie dès 8 heures. Le train s’arrête à peine à la gare, les bus filent à des horaires de bureau… et la voiture individuelle règne encore en maître. Pourtant, dans ce petit coin des Alpes-de-Haute-Provence, des solutions fleurissent depuis quelques années pour réinventer la mobilité. Parmi elles, le covoiturage local s’impose doucement, mais sûrement, non seulement comme une réponse à la raréfaction des transports publics, mais surtout comme un outil – parfois convivial, souvent concret – pour relier les habitants et leurs villages.

Covoiturage local : comment ça marche dans le réel ?

Quand on parle de “plateforme de covoiturage”, beaucoup pensent d’abord aux trajets longue distance type Marseille-Paris. À Digne ou à Aiglun, le sujet est bien différent. Ici, l’enjeu, c’est d’organiser les petits trajets du quotidien : prendre le marché à Marcoux, descendre au lycée ou à la piscine, grimper à Thoard pour quelques courses ou un rendez-vous médical.

Les plateformes de covoiturage locales se sont adaptées à cette réalité du quotidien :

  • Sites nationaux à l’offre locale : Blablacar s’est déployé progressivement sur les trajets courts avec “Blablacar Daily”, qui fonctionne pour beaucoup de dignois sur les axes Digne-Malette, Digne-Les Mées, voire Sisteron.
  • Initiatives régionales : Le Département 04 a mis en place MOV’ICI (https://movici04.fr/), une plateforme gratuite, sans commission, pensée pour les déplacements dans les Alpes-de-Haute-Provence. MOV’ICI propose aussi des points de rendez-vous bien connus des habitants : parkings de covoiturage comme celui du plan d’eau des Ferréols ou à côté du rond-point de la Zone Saint-Christophe.
  • Micro-plateformes “village” ou associatives : Sur Saint-André-les-Alpes, on retrouve parfois des groupes WhatsApp ou Facebook où les voisins proposent une place dans leur auto, pour un dépannage ou une virée à la ville.

Tout cela s’appuie sur la proximité, la connaissance fine du territoire, et cette petite touche de débrouille qui fait le sel du pays : on improvise, on s’arrange, on partage.

La mobilité, un enjeu de taille dans notre vallée

Pourquoi le covoiturage prend-il ici une telle importance ? On a interrogé quelques habitants sur le marché de Digne : “C’est simple, tout est loin à la ronde. Sans voiture, on n’existe pas vraiment.” En chiffres, voici ce que cela raconte :

  • Moins de 4 habitants/km² dans certaines communes rurales : Difficile d’envisager des lignes de bus partout.
  • Près de 15 000 habitants sur le bassin dignois, dont beaucoup dans des hameaux ou villages-perchés, à plusieurs kilomètres des services publics, de l’emploi ou de la santé (source : INSEE 2022).
  • 60 % des actifs dignois utilisent leur voiture chaque jour pour aller travailler, faute d’alternative fiable (source : Observatoire de l’ADEME).
  • 164 000 trajets/jour sur l’ensemble des Alpes-de-Haute-Provence sont des trajets entre communes voisines, selon le Département : la plupart jamais couverts par les réseaux de transport.

Dans ce contexte, chaque place libérée sur la route devient précieuse, chaque trajet optimisé est un pas de plus vers une mobilité plus raisonnable.

Les avantages concrets pour les habitants d’ici

  • Moins d’isolement : Pour les jeunes sans permis, les seniors, celles et ceux qui habitent un peu à l’écart, la voiture partagée, c’est l’assurance d’un lien social et d’une liberté retrouvée. On l’a encore vu cet hiver avec Françoise, 76 ans, qui va à la gym à Digne depuis Le Brusquet grâce à “une voisine croisée sur MOV’ICI, devenue amie”.
  • Des économies non négligeables : Ici comme ailleurs, le budget carburant peut peser lourd. Selon l’Observatoire Cetelem, partager ses trajets réguliers peut faire baisser la facture de 100 à 150 € par mois. Sur une année, “ça paie la taxe foncière”, nous confiait Christophe, de Mézel.
  • Une pratique écologique : Le Département compte que si seulement 10 % des trajets courts entre villages étaient partagés, on éviterait chaque année l’équivalent de 2000 tonnes de CO₂. Un trajet Digne-Le Chaffaut représente 12 km soit, partagé, 2,9 kg de CO₂ évités à chaque aller-retour réunissant 3 personnes.
  • Un vrai “plus” dans l’esprit local : Le covoiturage aide à recréer de la convivialité. Fabienne, commerçante à Mallemoisson, le résume ainsi : “Je ne vais jamais seule au marché de Digne. C’est l’occasion d’échanger des nouvelles, d’écouter la radio locale ensemble, de programmer une sortie.”

Petit tour d’horizon : quelles plateformes à portée de volant ?

Plateforme Couverture géographique Coût/Commission Spécificité locale
MOV’ICI 04 Toutes Alpes-de-Haute-Provence Gratuite Points de rendez-vous autour de Digne, info locale sur les événements
Blablacar Daily France entière, présence croissante sur Digne Gratuit ou faible commission sur contribution transport Alertes sur smartphone, covoiturage domicile-travail
Coivoiturage+ (app expérimentale Durance-Lure) Testée sur Sisteron-Val de Durance Gratuite Propose des trajets instantanés “au fil de l’eau”
Groupes village/Facebook/WhatsApp Ultra-local Gratuit Entr’aide directe entre particuliers, souplesse d’organisation

Petites histoires de covoiturage d’ici

Dans la vallée ou sur le plateau de Valensole, on entend parfois les mêmes phrases : “Vous descendez à Digne ? J’ai de la place si ça vous dit !” Mais, derrière cette simplicité, se cachent souvent de belles histoires humaines.

  • Lycéens et apprentis : Adèle, 17 ans, habite chez ses parents à Volonne mais fait chaque jour le trajet Volonne-Digne en covoiturage avec deux copains. “C’est carrément rassurant, et moins cher que le bus qui n’est pas toujours là le matin.”
  • Producteurs de marchés : Jean-Marc, producteur d’abricots, a pris l’habitude de proposer ses trajets entre La Javie et Digne sur MOV’ICI, “ce qui simplifie la logistique les jours de marché, et rentabilise un peu le plein.”
  • Services de santé : Les associations de transport solidaire (Solidarité Transport 04) travaillent parfois main dans la main avec ces plateformes, pour organiser des trajets ponctuels vers l’hôpital ou les spécialistes basés à Manosque ou Sisteron.
  • Liens intergénérationnels : Dans plusieurs villages, des groupes se sont montés pour partager des trajets avec les aînés (ex : “Covoiturez dans le 04” sur Facebook).

Des limites, mais un vrai potentiel pour demain

  • Le frein du dernier kilomètre : Les plateformes couvrent mal les hameaux les plus isolés. Il faudrait parfois coupler covoiturage et mobilité douce (vélos électriques, petits bus communaux).
  • La régularité : Les trajets “à la demande” fonctionnent bien, mais il reste difficile d’organiser des lignes quasi régulières hors des axes principaux (Digne-Les Mées, Digne-Sisteron).
  • Le frein du numérique : Une partie de la population âgée n’utilise pas ces plateformes, même si MOV’ICI accepte l’inscription par téléphone.
  • Manque de visibilité sur certains parkings relais : On pourrait ajouter des panneaux ou fléchages pour valoriser ces lieux de rencontre et rassurer les nouveaux utilisateurs.

Prochains virages et idées locales

  • Développer le “covoiturage de marché”, à heures fixes, en liant producteurs et visiteurs : une idée en test à Digne grâce à l’association Cœur de Marché.
  • Installer des abris “stop-covoiturage” équipés (bancs, panneaux infos, Wi-Fi rural) aux carrefours de hameaux.
  • Mettre en place des partenariats avec les écoles, collèges, et lycées pour un covoiturage encadré (expérience en cours à Forcalquier et Manosque).
  • Imaginer des “fêtes du covoiturage” autour des journées sans voiture, pour informer, rassurer, et encourager la rencontre autour du café.

Pour aller plus loin : déplacement et appartenance en Pays Dignois

Dans notre coin, le covoiturage n’est pas qu’une affaire d’économie ou d’écologie : il devient aussi un moyen de transmettre l’attachement au territoire. Monter dans la voiture de son voisin ou d’un nouvel arrivant, c’est ouvrir la porte à d’autres histoires, des itinéraires différents, des discussions inattendues. Le covoiturage local s’inscrit donc dans la continuité de la vie de village : on y partage, on s’y croise, on y apprend à mieux (re)connaître son pays.

Alors, que l’on habite Digne ou un hameau éloigné, que l’on vienne pour un marché, une cure thermale ou pour voir la lavande, pensez à ces services de covoiturage locaux. Ils redessinent doucement nos manières de bouger, d’habiter, et surtout, de tisser du lien. Et, qui sait, la prochaine fois que vous entendrez “il reste une place dans la voiture”, vous oserez peut-être tenter l’aventure ?

Sources : Conseil Départemental 04, INSEE, ADEME, MOV’ICI, Observatoire Cetelem, Blablacar, Solidarité Transport 04, entretiens sur les marchés de Digne et Mézel.

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