Voyage au fil du temps : l’évolution du Pays dignois racontée par ceux qui y vivent

Un territoire entre racines et mouvements : regards sur le passé et l’avenir dignois

À deux pas du Cousson et le long de la Bléone, on croise dans le Pays dignois une certaine idée de la Provence, mais aussi autre chose. Ce coin des Alpes-de-Haute-Provence, longtemps un peu à l’écart des grandes routes, s’est toujours adapté à son temps, parfois discrètement, parfois à marche forcée. Nous vous proposons de saisir ce qui a changé ici, au fil des saisons et des années : l’arrivée de nouveaux venus, le retour de métiers oubliés, les transformations d’un quotidien où les traditions et les innovations se toisent et parfois se mélangent.

Le grand écart démographique : quand la montagne attire à nouveau

Il y a cinquante ans, beaucoup de villages du Pays dignois perdaient peu à peu leurs habitants. On partait pour Digne pour “trouver du travail” ou carrément plus loin, à Marseille ou à Nice, parfois la valise à la main et le cœur gros. Selon l’INSEE, les Alpes-de-Haute-Provence ont connu une vraie saignée démographique entre 1950 et 1980 : la ville-centre de Digne-les-Bains a perdu plus de 12% de sa population sur cette période. Mais aujourd’hui, la balance commence à pencher dans l’autre sens. On a vu revenir les “néo-dignois”, des familles comme des retraités, parfois des actifs du télétravail, souvent venus d’ailleurs mais tombés sous le charme d’un mode de vie moins pressé. Entre 2015 et 2020, la population de Digne-les-Bains reste stable autour de 16 000 habitants, mais certains villages à 20 minutes voient leurs effectifs progresser de 3 à 5% (source : INSEE, chiffres consultés en 2023). Le confinement de 2020 a aussi laissé des traces : jamais autant de maisons secondaires n’ont été rouvertes sur les hauteurs.

  • Depuis 2015, la commune de Thoard a gagné près de 10% de population.
  • Certains hameaux revivent, notamment ceux situés à moins de 30 minutes de Digne.
  • La tranche des 25-45 ans, longtemps minoritaire, progresse de nouveau dans le bassin dignois.

Yassine le note bien : « Dans notre quartier, on entend autant d’accents de Marseille que d’ici. Mais très vite, tout le monde adopte la sieste quand il fait chaud ! »

L’économie locale : entre traditions et nouveaux élans

Des racines paysannes encore vivantes

Les marchés dignois sentent bon les légumes du coin : pommes des Terres Noires, fromages de chèvre et miel du Val de Bléone. Mais le visage de l’agriculture bouge, lui aussi. Si le nombre d’exploitations « classiques » a chuté de 38% depuis 2000 (source : Chambre d’Agriculture 04), la place laissée est parfois occupée par les “néo-paysans” : jeunes maraîchers bio, éleveurs de brebis reconvertis à la vente directe, producteurs d’herbes aromatiques.

  • Le marché de Digne, c’est près de 80% de stands tenus par des producteurs du département (source : Office de Tourisme).
  • Retour des variétés anciennes de pommes, et du petit épeautre sur les terrasses autour de Mallemoisson.
  • Le “local” s’impose aussi dans les cantines, avec 40% des menus scolaires issus de circuits courts en 2023.

Thermalisme, tourisme et nouveaux métiers

Le thermalisme n’a pas disparu (on compte encore 8 000 curistes en 2022 à Digne, selon la Chaîne Thermale du Soleil), mais il partage désormais la vedette avec les sports nature (randos, VTT, escalade) et l’offre culturelle.

  • Le musée Gassendi a plus que doublé sa fréquentation entre 2010 et 2019 (Office de Tourisme de Digne-les-Bains).
  • 20% des touristes viennent désormais hors juillet-août, attirés par la géologie, le patrimoine ou les festivals (Unesco Géoparc).

Du côté des habitants, c’est le retour des ateliers d’artisans (céramique, travail du bois à Marcoux, brasseries artisanales à Verdaches) et l’émergence du télétravail. L’installation d’espaces de coworking à Digne et dans certains villages (Mézel, Seyne) attire de nouveaux profils, à la recherche d’un équilibre entre nature et connexion internet.

Le patrimoine entre mémoire et réinvention

Les chapelles romanes et les ruelles pavées font partie du décor, mais elles vivent une seconde jeunesse. Plusieurs villages investissent dans la rénovation, souvent participative : ici, un chantier d’insertion pour restaurer une fontaine ; là, une fête de la Saint-Jean qui n’avait pas rassemblé autant de monde depuis 40 ans.

  • À Entrages, la rénovation de la vieille école a été portée par les habitants : chaque famille du village y a mis la main, ou la truelle.
  • La Route Napoléon, si souvent traversée sans s’arrêter, voit renaître quelques relais et auberges historiques, réhabilités pour accueillir randonneurs et cyclistes.

Marion aime rappeler que “ce qui nous surprend, c’est de voir des jeunes de 20 ans s’emparer de fêtes de village qui semblaient endormies. Aujourd’hui, la soupe au pistou du 15 août fait le plein !”

Une nature toujours influente – et plus fragile aussi

Le Pays dignois, c’est aussi la proximité de panoramas remarquables : les Clues de Barles, la Réserve géologique, ou encore la forêt de Chène (la plus grande cédraie naturelle d’Europe). Ces paysages impressionnent autant qu’ils inquiètent : le changement climatique n’est pas qu’une idée lointaine ici.

  • En 2022, la plus longue sécheresse depuis 30 ans a marqué les esprits – et les jardins !
  • L’accès à l’eau devient un vrai débat local, avec l’installation de systèmes de récupération d’eau de pluie dans les fermes et plusieurs communes qui expérimentent la fermeture estivale des lavoirs monumentaux.
  • L’observatoire local du climat (association GESPER) a relevé une hausse moyenne des températures de 1,6°C en 30 ans sur le bassin dignois.

Dans ce contexte, bon nombre d’habitants se mobilisent pour des initiatives “vertes” : haies champêtres plantées, vergers collectifs, événements “zéro déchet” initiés par les jeunes générations. D’autres cherchent à renouer avec les chemins anciens, comme à Archail où des sentiers jadis perdus sont à nouveau entretenus.

Vie locale, associations et nouvelles solidarités

Le cœur battant du Pays dignois se trouve dans ses cafés, sur la place du marché ou durant les fêtes associatives. Le tissu associatif s’est densifié, en particulier depuis la crise sanitaire : plus de 420 associations recensées sur le territoire dignois, selon la mairie en 2023.

  • Solidarité alimentaire : la “Frigo Partagé” du centre-ville de Digne, installée en 2021, est désormais un point de repère pour ceux qui veulent donner ou recevoir.
  • Ateliers d’échange de savoirs (couture, mécanique, jardinage) dans plusieurs villages : une nouvelle manière de créer du lien et d’apprendre ensemble.
  • Des festivals grand public, comme les Rencontres cinématographiques ou “Itinérance Nature”, ouverts à tous et ancrés dans la vie locale.

Pour Jean-Marc, “ce tissu associatif, c’est comme une seconde famille pour beaucoup : quand il y a une galère, on trouve toujours quelqu’un pour prêter la main.”

Ce qui unit et ce qui change : au gré des saisons dignoises

Ce qui frappe celui qui revient d’années en années, c’est la force de certains marqueurs : le bruit de la rivière après la fonte, les vieilles pierres chauffant sous le soleil, la lueur des fêtes en été. Mais il serait faux de dire que le Pays dignois ne bouge pas.

Période Changement marquant Source
Années 1980-90 Départ massif des jeunes vers les villes, fermeture d’écoles rurales INSEE, mémoire locale
Années 2000 Reprise du tourisme “nature”, premiers néo-ruraux installés Office de Tourisme, mémoire locale
2020-2023 Afflux post-confinement, accent sur la transition écologique INSEE, Mairie de Digne-les-Bains

Ce lien entre racines profondes et ouverture au changement, c’est peut-être ce qui fait la singularité du Pays dignois. On grandit ici entre deux mondes : un pied dans la montagne, l’autre sur la place du marché où l’on croise toute la France. Qu’on soit né ici ou arrivé plus tard, on partage le goût de la lumière, des chemins et des bons voisins.

Ceux qui cherchent à comprendre comment notre pays évolue ont tout intérêt à s’y promener… puis à revenir voir ce qui aura, encore, un peu changé.

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