Ces petits riens numériques qui changent tout dans le Pays dignois

Un territoire authentique face au numérique : le croisement des chemins

Dans le Pays dignois, entre la vallée de la Bléone, les odeurs de tilleul l’été et le vent qui court sur les hauteurs du Cousson, le mot “numérique” évoquait jusque-là des réalités… lointaines. Pourtant, depuis quelques années, il suffit de flâner sur la place du Général de Gaulle ou dans les ruelles de Digne-les-Bains pour sentir que quelque chose a changé. Ici aussi, on voit plus de smartphones aux terrasses, des affiches annonçant des ateliers numériques à la médiathèque, et des marchés où producteurs proposent maintenant – “sans contact” – de régler le fromage de Banon ou les fruits du coin.

Nous avons voulu comprendre, chiffres à l’appui, témoignages locaux au bout du rouleau de lavande, comment le numérique s’immisce dans nos vies rurales et ce que cela change, au ras du sol, à l’échelle d’une communauté où tout le monde ou presque connaît encore le prénom de la factrice.

Quand la fibre arrive au village : la connexion désenclave

Le déploiement de la fibre optique dans la région dignoise, on en parlait comme d’un mirage il y a encore dix ans. Mais voilà : depuis 2020, autour de 12 000 foyers dignois (INSEE, 2023) sont désormais éligibles à la fibre dans la CAPD (Communauté d’Agglomération du Pays Dignois), et même certains hameaux du plateau de Valensole commencent à voir débarquer les techniciens.

  • Avantage concret : Le télétravail n’est plus réservé aux Parisiens de passage. On croise maintenant des habitants qui bossent pour des sociétés à Marseille ou Lyon, sans prendre la route chaque lundi matin – un vrai changement de vie !
  • Effet territorial : Les écoles de villages s’ouvrent davantage à des ressources éducatives en ligne. Les élèves de Seyne ou Thoard suivent parfois des visioconférences avec des intervenants de la Drôme ou d’Italie, ou découvrent les collections numériques du Géoparc UNESCO.
  • Parole de terrain : “Avant, notre Internet ramait quand il fallait envoyer les dossiers à la préfecture, maintenant on fait tout en ligne plus vite que l’éclair”, glisse Sandrine, agente municipale à Aiglun.

Le numérique, ici, n’est donc plus un luxe, il commence à devenir “un outil comme les autres” pour celles et ceux qui souhaitent rester vivre “au pays” tout en étant reliés au reste du monde – et pas seulement à la météo ou aux horaires du dernier car.

Services publics et solidarité : les nouveaux visages de la proximité

Lorsque l’on vit loin des grandes préfectures, la question du service public n’est pas anodine. Depuis quelques années, le Maïf numérique Tour, la Maison France Services de Digne, ou les initiatives de la CAF et de la MSA proposent :

  • Des ateliers pour apprendre à faire ses démarches administratives en ligne (impôts, carte grise, CAF, etc.)
  • Des permanences “à distance” avec la préfecture ou les organismes sociaux, via visio ou chat sécurisé
  • Un accompagnement pour les personnes âgées ou peu à l’aise avec le numérique

Chiffre clé (source : Préfecture 04) : plus de 3 200 personnes suivies par les ateliers d’accompagnement au numérique en 2022 sur le Pays dignois, surtout dans les tranches d’âge 55 ans et plus.

Cela change-t-il la donne ? Difficile de tout mesurer. Mais les retours sont là : moins de trajets inutiles, moins d’attentes à la mairie, et une impression – timide mais réelle – que l’on peut, même dans nos vallées, garder du lien sans se déplacer systématiquement. Les “coup de mains” entre voisins s’adaptent : on apprend ensemble à scanner un document, à naviguer sur Doctolib, ou à demander un acte de naissance à distance.

Économie locale : achats et entraide à l’heure digitale

Autant le dire : on aime acheter chez ses petits producteurs ou artisans. Mais ici aussi, les habitudes évoluent :

  • Le marché de Digne, le mercredi et le samedi, est relayé sur Facebook par des groupes où se partagent infos et coups de cœur (ex. “Les producteurs dignois”).
  • La boutique du coin “Au Jardin des Saveurs” propose désormais un retrait de commande via leur site, pratique pour éviter la cohue ou réserver sa cagette d’abricots.
  • Une start-up de la vallée de la Bléone, “L’Appli du Coin”, recense les commerces ouverts, les horaires, et même les distributeurs de produits locaux (https://lappliducoin.fr/ ; France Bleu Provence, 2023).

Bien sûr, le “tout digital” ne fait pas l’unanimité. Certains restaurateurs nous confient préférer “le coup de fil traditionnel” pour réserver une table. Mais les outils numériques créent de nouveaux ponts : on voit naître des circuits-courts plus visibles, des échanges plus simples entre clients et petits producteurs qui n’auraient pas eu les moyens de se faire connaître autrement.

Pour les jeunes entrepreneurs, impossible de s’installer sans une présence sur Internet – ne serait-ce que pour être répertorié sur Google Maps lors de la saison touristique.

Culture, patrimoine et numérique : ouvrir les portes du pays différemment

Le Pays dignois, c’est une histoire longue : dolmens, mèches de lavande, ateliers de céramistes, fresques à la cathédrale… Le numérique n’efface pas cela. Mais il permet parfois de révéler ce que l’on ne voit pas toujours :

  • Musées connectés : Le Musée Promenade et le musée Gassendi proposent des visites virtuelles et des QR codes à scanner sur place pour accéder à des anecdotes locales ou des interviews d’artistes.
  • Balades augmentées : Depuis 2023, une application mobile vous guide sur le sentier des Ammonites, avec réalité augmentée : reconstitution 3D des fossiles pour les petits et grands curieux (source : Alpes de Haute-Provence Tourisme).
  • Mémoires partagées : De nombreux villages, comme Barles ou le Brusquet, numérisent les archives communales, facilitant la recherche pour les familles, historiens ou les jeunes en quête de mémoire locale.

On ne remplace pas la marche dans les marnes ni l’odeur des tomettes chauffées l’après-midi, mais on complète l’expérience et, souvent, on la donne à voir à ceux qui ne pourraient pas se déplacer.

Vie quotidienne et liens sociaux : se retrouver autrement, mais toujours ensemble

À Digne ou à Mallemoisson, le tissu associatif est dense. Mais force est de constater que sans le numérique, beaucoup d’événements passeraient sous le radar :

  • Le planning des animations (“Une journée sans voiture”, forums d’assos, concerts de jeunes groupes…) circule sur l’application Citykomi ou sur les réseaux des mairies.
  • Des groupes WhatsApp ou Signal naissent pour organiser des entraides (courses pour les plus isolés, covoiturages, coups de main bricolage).
  • Des “cafés numériques” sont proposés au tiers-lieu Le Repère, rue du Jeu de Paume, pour aider tout le monde à maîtriser les applications du quotidien (sources : Ville de Digne-les-Bains, 2023).

Ce n’est pas tant le passage à une “société dématérialisée”, mais l’invention de nouveaux moments de convivialité, parfois hybrides. On réserve en ligne, on se retrouve sur le marché, on échange photos et bons plans. Ce n’est pas Paris, et c’est tant mieux. Mais ce n’est plus tout à fait l’ancien temps non plus.

Des défis et des questions qui restent ouverts

Le numérique, ce n’est pas tout rose sous le soleil dignois. Les injustices perdurent : certains lieux restent mal connectés (plateau de Vaucluse, certaines vallées du Cousson), et tous ne sont pas égaux devant les outils. La fracture numérique existe, elle est “moins visible qu’à Marseille, mais bien là”, glisse Gérard, bénévole au CCAS.

L’enjeu, pour la suite, sera de :

  • Former et accompagner les plus âgés et ceux qui n’ont pas grandi avec Internet
  • Maintenir des offres “physiques” pour ne pas priver d’accès aux droits ceux qui ne sont pas à l’aise à l’écran
  • Prévenir l’isolement numérique, notamment dans les hameaux et les zones de montagne
  • Réfléchir à un numérique durable : recyclage des équipements, sobriété, usage raisonné face à la tentation du “toujours en ligne”

Malgré tout, l’arrimage du Pays dignois à la modernité ne se fait pas au détriment de son identité. On y reste attaché à la pierre, à la main tendue et au marché du samedi. Mais on regarde plus loin, avec de nouveaux outils en poche.

Le numérique, une chance à saisir à notre manière

Ce que l’on retient de cette immersion numérique, c’est que l’outil ne fait pas tout, mais qu’il donne des ailes à la vie locale. De la gestion associative à l’information pratique, du patrimoine à la petite annonce, le virtuel vient prolonger la convivialité que l’on aime ici. Le défi sera d’en faire une force collective, sans oublier ce qui fait la saveur du Pays dignois : le goût du lien, du vrai et de la rencontre.

Alors, si vous passez par ici, que vous soyez branché numérique ou amateur de vieilles pierres, la porte est ouverte. Au cœur du Pays dignois, le digital ne remplace pas le réel, il l’accompagne, un pas après l’autre, sur les chemins de chez nous.

Sources : INSEE, Préfecture des Alpes-de-Haute-Provence, Ville de Digne-les-Bains, Alpes de Haute-Provence Tourisme, France Bleu Provence

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