Quand juillet pointe son nez, l’air chaud de Digne-les-Bains se charge d’un parfum bien particulier. Celui de la lavande, bien sûr – cette grande dame bleue qui colore les vallées alentours. Si vous passez par Digne aux alentours du premier week-end d’août, impossible de manquer la fameuse Foire de la Lavande, qui métamorphose le centre-ville en véritable mosaïque violette. On l’attend ici comme d’autres attendent la fête du citron à Menton : c’est notre événement de l’été, celui dont on parle dès le printemps, qui ramène les petits-enfants chez les grands-parents et fait vibrer la ville sous le chant des cigales.
Il y a de la lavande, bien sûr. Mais aussi des producteurs, des artisans, des groupes en costume, des senteurs à chaque coin de ruelle. La Foire existe depuis plus de 100 ans (la 101ème édition s’est tenue en 2022 – source : Ville de Digne-les-Bains), c’est dire si elle fait partie des murs ici !
Dès le vendredi matin, le centre de Digne se pare de fanions bleu et blanc. Autour des boulevards Gassendi et Victor Hugo, tout est piéton, et la ville devient un grand village. Le marché de la lavande, c’est quatre jours de fête (généralement du vendredi au lundi) qui rythment le cœur de l’été local. On y rencontre :
Les familles flânent, les touristes dégustent, les habitués discutent sur le pas des boutiques. Il y a des animations toute la journée : groupes folkloriques, concours de taille de lavande, démonstrations de coupe à la faucille, contes provençaux. On sent que la fête lie toutes les générations.
Le moment fort, pour nous, c’est l’ouverture officielle. Elle a lieu le vendredi midi, devant la mairie. Les enfants tiennent les gerbes de lavande que l’on offre au public, tandis que les élus, les producteurs et les représentants de la confrérie de la lavande ouvrent la Foire en musique. C’est tout simple, mais très convivial : un apéritif est souvent offert, on trinque à l’eau de lavande ou au rosé du coin, les chapeaux de paille font leur apparition.
La tradition veut que l’on honore ici le travail de la terre et des producteurs. Certains viennent parler de leur parcelle familiale, d’autres racontent la transhumance des cueilleurs, et l’on partage, autour d’une simple table en bois, les dernières nouvelles du plateau de Valensole ou de la vallée de l’Asse.
C’est aussi l’occasion de choisir les plus belles gerbes pour le concours qui aura lieu plus tard. On vous le conseille, ce moment du vendredi : on sent toute l’âme du dignois qui s’exprime, et on repart souvent avec des anecdotes à raconter (ou une boutonnière parfumée !).
Le marché, ce n’est pas juste de la lavande en vrac, loin de là. Digne-les-Bains accueille tout l’éventail de produits issus de la plante :
Certains stands vous proposent même d’assembler votre propre bouquet ou de découvrir la différence, en direct, entre la lavande fine (notre “or bleu” de haute altitude) et le lavandin cultivé en plaine, utilisé pour les parfumeries. Et il y a toujours cette poignée de distillateurs qui amènent leur petit alambic : la démonstration plaît autant aux petits qu’aux anciens. On y respire à pleins poumons – et ça change des marchés “anonymes” !
Ce qui fait la force du marché, ce sont ces familles qui vivent de la lavande depuis des générations. Beaucoup sont de petits producteurs, installés dans la vallée de la Bléone ou sur les plateaux dignois. On aime échanger au détour d’un stand, parce qu’ici, la transmission ne passe pas que par le geste – elle passe par la parole.
Élodie a recueilli la parole de Pascal, producteur sur le plateau de Thoard, qui nous explique : “La lavande fine, c’est du sport ! On monte à 1000 mètres d’altitude pour avoir le meilleur parfum. On vend tout ici, sur le marché, c’est important pour garder ce lien avec ceux qui la font vivre.”
Ces producteurs expliquent volontiers la différence entre récolte manuelle et mécanique ; ils racontent les années difficiles (gel, sécheresse – 2022 a connu une sécheresse record, impactant de 30% la production en Provence selon l’INAO), mais gardent toujours le sourire. Certains proposent des ateliers : reconnaissances de plantes sauvages, fabrication de fuseaux de lavande, initiation à la distillation.
Le programme varie d’une année sur l’autre, mais certains temps forts sont devenus incontournables :
D’autres animations sont souvent proposées, selon les années : concerts en plein air, expositions de photos sur la lavandiculture, balades guidées dans le centre ancien. On aime particulièrement retrouver les stands des villages voisins (Le Chaffaut, Mézel, Entrages), qui montrent la diversité du Pays dignois.
C’est un fait : la Foire de la Lavande attire du monde – jusque 30 000 visiteurs sur le week-end (source : Office de Tourisme Provence Alpes Digne-les-Bains). Voici nos conseils pour en profiter pleinement :
Il existe aussi des tables sous les arbres le long de la Bléone pour faire une pause : un sandwich au fromage de Banon et un verre de sirop à la lavande, et vous voilà dignois pour la journée.
On dit que le marché de la lavande est à l’image de Digne : sincère, populaire, ouvert. C’est le premier rendez-vous des familles et des villages – même ceux qui n’ont pas de champs de lavande. On vient y faire ses provisions pour l’année, certes, mais aussi perpétuer une tradition menacée par la concurrence internationale ou les aléas du climat.
C’est l’occasion de soutenir les producteurs, de goûter à la vraie Provence, celle qui ne se contente pas d’un beau cliché pour l’office du tourisme. Année après année, malgré les soucis ou la fatigue, ils sont là : Martine qui confectionne ses savons depuis 1989, les frères Rinaldi qui cultivent à la main entre Barras et Estoublon, ou les jeunes installés qui cherchent à inventer un “avenir bleu” pour le pays dignois.
Et puis, il y a tout ce qui ne s’achète pas : cette odeur qui vous suit sur les doigts, le soleil sur les calades, les souvenirs qui remontent quand on ouvre son sac le soir.
Que vous soyez dignois de souche, randonneur de passage ou visiteur curieux, n’hésitez pas à pousser les portes du marché de la lavande. Passez y une matinée, discutez, goûtez, sentez – et laissez-vous surprendre par cette belle énergie collective. Si jamais l’envie vous en prend, pourquoi ne pas prolonger la balade sur les sentiers alentours, où la lavande sauvage s’épanouit loin des stands, au hasard d’un coup de mistral ?
C’est peut-être là, entre un stand et une colline, que l’on comprend le mieux ce coin du sud : “vrai, lumineux, un peu rude, mais toujours sincère”. Et c’est pour tout ça qu’on aime tant le pays dignois.